La RT 2024 n'existe pas : voici ce qu'on cherche vraiment à dire
Chaque année, entre septembre et décembre, mon compteur de mails s'affole. Des clients particuliers, mais aussi des architectes et des maçons, me demandent des conseils sur la « RT 2024 ». Sauf qu'il y a un problème : cette réglementation n'a jamais existé. Pas sous ce nom, en tout cas.
Je le sais parce que j'ai construit ma propre maison en 2023, et que j'ai passé des semaines à éplucher les textes officiels. Et depuis, je conseille des particuliers sur leurs projets. Le sigle « RT 2024 » est un abus de langage qui circule partout, y compris dans des devis que des professionnels m'ont montrés. Alors mettons les choses au clair une bonne fois pour toutes.
Ce qu'on appelle « RT 2024 » dans la bouche des gens, ce n'est pas une nouvelle réglementation sortie de nulle part. C'est la RE2020 — Réglementation Environnementale 2020 — qui s'applique déjà. Les jalons prévus par cette réglementation évoluent, et c'est exactement ce qui crée la confusion.
Points clés à retenir
- La « RT 2024 » n'est pas un texte officiel : elle désigne en réalité la RE2020 et ses évolutions programmées
- La RE2020 est obligatoire pour toutes les constructions neuves dont le permis a été déposé depuis le 1er janvier 2022 pour les logements
- Bureaux et bâtiments d'enseignement primaire et secondaire sont concernés depuis juillet 2022
- Les extensions de bâtiments existants de plus de 50 m² entrent dans le champ d'application
- Les seuils carbone se renforcent par paliers : 2025, 2028, 2031 — c'est le vrai sujet brûlant
- La rénovation des bâtiments existants relève d'un autre cadre réglementaire, pas de la RE2020
Pourquoi tout le monde dit « RT 2024 » alors que ça n'existe pas ?
La réponse est simple comme un bon mot : parce que les professionnels eux-mêmes entretiennent la confusion.
J'ai vu passer des devis de constructeurs en 2024 et 2025 qui mentionnaient fièrement « conforme RT 2024 ». Quand j'ai demandé à l'un d'eux de quoi il s'agissait, le commercial m'a répondu que c'était la nouvelle norme qui remplaçait la RT 2012. Il confondait la RE2020, la RT 2024 (inexistante) et les échéances intermédiaires.
Et je comprends pourquoi. Quand on est sur le terrain, qu'on doit livrer une maison dans les temps et que les textes évoluent sans cesse, on arrête de vérifier les acronymes. On répète ce que dit le collègue, ce que dit le fournisseur d'isolant, ce que dit le logiciel de calcul thermique.
Le problème, c'est que cette approximation a des conséquences concrètes.
L'erreur que je vois chez les architectes et les notaires
En 2025, j'ai accompagné un couple qui signait un compromis pour une maison en construction. Le notaire avait écrit dans l'acte que le bien serait livré « conforme à la réglementation thermique en vigueur, soit la RT 2024 ». Une formulation qui n'a aucune valeur juridique précise, parce qu'elle ne désigne aucun texte.
Quand on leur a posé la question, le constructeur a expliqué que la maison respecterait la RE2020 avec ses seuils 2025. Mais le notaire s'en fichait : pour lui, « RT 2024 » était une évidence. Résultat : le couple a fait ajouter une clause précisant que la maison serait conforme à l'arrêté du 4 mai 2021 relatif à la RE2020, avec les valeurs limites d'impact carbone du jalon 2025. C'est passé, mais ça a pris trois semaines de négociations.
Mon conseil : si vous voyez « RT 2024 » sur un document officiel, demandez qu'on écrive le texte précis qui s'applique. La RE2020, c'est un arrêté. Le jalon 2025, c'est un autre arrêté. L'un ne va pas sans l'autre, mais il faut que ce soit écrit noir sur blanc.
RT 2020, RT 2024, RE2020 : comment s'y retrouver ?
Trois sigles pour une seule réglementation : c'est le grand bazar, et je ne vais pas vous faire l'affront de prétendre que c'est limpide.
Voici comment je résume la situation à mes clients, avec un tableau que je ressors à chaque rendez-vous :
| Sigle | Ce que c'est vraiment | Statut |
|---|---|---|
| RT 2012 | Réglementation thermique précédente (construction neuve) | Abrogée pour le neuf depuis 2022 |
| RE2020 | Réglementation Environnementale 2020, en vigueur pour le neuf | Obligatoire |
| RT 2020 | Ancien nom de travail de la RE2020, parfois encore utilisé | Désigne le même texte |
| RT 2024 | Sigle fantôme, n'apparaît dans aucun texte officiel | N'existe pas |
Les gens qui cherchent « RT 2024 » sur Internet cherchent en réalité une réponse à une question précise : qu'est-ce qui a changé dernièrement et qu'est-ce qui m'attend ?
Eh bien, la réponse tient en un mot : le carbone.
Les trois piliers de la RE2020, expliqués sans jargon
La RE2020 ne se contente pas de mesurer la consommation d'énergie. Elle introduit une double exigence qui a bouleversé les habitudes de calcul des architectes :
- La sobriété énergétique : le bâtiment doit consommer le moins possible, comme avec la RT 2012, mais avec des exigences renforcées. Isolation, ventilation, étanchéité à l'air : tout est passé au crible.
- L'impact carbone sur tout le cycle de vie : c'est la grande nouveauté. On ne regarde plus seulement ce que le bâtiment consomme une fois construit, mais ce que sa construction elle-même émet. Fabrication des matériaux, transport, chantier, puis démolition en fin de vie : tout compte.
- Le confort d'été : les étés de 2022, 2023 et 2025 m'ont donné raison à tous ceux qui disaient que la RT 2012 ne protégeait pas assez de la chaleur. La RE2020 impose de vérifier que le logement reste supportable en cas de forte chaleur, sans dépendre d'une climatisation énergivore.
Et c'est ce troisième point qui a fait le plus débattre dans mon entourage de maçons. « Un isolant qui tient chaud l'hiver, on sait faire. Mais l'été, avec les combles qui chauffent à 50 degrés, il faut repenser toute la chaîne. »
Les vraies échéances à connaître : 2025, 2028, 2031
La RE2020 n'est pas un texte figé. C'est une réglementation qui a prévu dès son origine des jalons de renforcement. Et c'est là que le bât blesse pour les constructeurs : chaque palier impose des valeurs plus strictes.
Si vous déposez un permis de construire en 2026, vous êtes déjà soumis aux seuils du jalon 2025. Concrètement, pour les maisons individuelles, les valeurs limites d'impact carbone ont été durcies par rapport aux exigences de 2022.
Mesurez l'ampleur du changement : sur mon chantier de 2023, on avait dimensionné la dalle et la charpente avec des matériaux qui passaient les seuils initiaux. Un ami qui a déposé son permis juste après le passage au jalon 2025 a dû revoir sa copie. Il a troqué une partie du béton pour du bois, changé de système de chauffage et ajouté des panneaux photovoltaïques.
Coût supplémentaire sur son devis : environ 11 000 euros TTC pour une maison de 112 m². Il ne s'y attendait pas, son constructeur non plus. Moralité : ne signez rien sans savoir à quel jalon votre projet sera soumis.
Ce qui vous attend si vous construisez d'ici 2031
Les jalons ne s'arrêtent pas en 2025. Le calendrier prévoit des renforcements successifs :
- 2025 : durcissement des seuils carbone pour les maisons individuelles et les logements collectifs
- 2028 : nouveau palier, avec des objectifs encore plus bas
- 2031 : le jalon final du texte initial, qui vise la neutralité carbone des bâtiments neufs
Et il y a fort à parier que d'autres évolutions viendront s'ajouter, comme ce fut le cas pour l'interdiction des chaudières gaz dans le neuf, déjà actée par ailleurs.
Pour vous donner un ordre d'idée, certains experts évoquent une division par deux des émissions de carbone entre le niveau 2022 et le niveau 2031 pour une même typologie de bâtiment. C'est considérable.
RT 2024 et isolation : que faut-il vraiment changer ?
Quand on tape « RT 2024 isolation » dans un moteur de recherche, on cherche une réponse simple : est-ce que mon isolation actuelle suffit ?
Pour le neuf, la réponse est non si vous isoliez selon les standards de la RT 2012. Les exigences de la RE2020 en matière de résistance thermique ont été relevées, et l'accent est mis sur les matériaux biosourcés pour réduire l'impact carbone.
Pour l'existant, une autre logique s'applique.
Rénover son logement : la RT existante, pas la RE2020
C'est LE point que je dois rappeler sans cesse : la RE2020 ne concerne que les constructions neuves. Si vous rénovez une maison ancienne, vous n'êtes pas soumis à la RE2020.
Les bâtiments existants relèvent de la « réglementation thermique des bâtiments existants », parfois appelée « RT existante ». Cette réglementation impose des exigences lors des travaux de rénovation, selon l'ampleur du chantier :
- Remplacement de fenêtres
- Isolation des combles ou des murs
- Changement de chaudière ou de pompe à chaleur
Chaque geste a ses propres obligations, souvent moins contraignantes que le neuf, mais bien réelles.
Un exemple vécu : en 2024, j'ai fait isoler les combles de ma maison des années 1970. J'avais demandé à l'artisan de me faire une note « conforme RE2020 ». Il a souri et m'a expliqué que la RE2020 n'avait rien à voir avec mon projet. Ce qui s'appliquait, c'était l'obligation d'atteindre une résistance thermique minimale de 7 m².K/W pour des combles perdus.
Résultat : 30 cm d'isolant en laine de bois soufflée, un chantier d'une journée, et une facture de 2 800 euros pour 90 m². Le confort d'hiver n'a rien à voir, et l'été, la maison reste fraîche une journée de plus.
Confort d'été : la clé que personne n'anticipait
Parlons-en, du confort d'été, parce que c'est le parent pauvre des discussions sur la réglementation. Quand la RE2020 est sortie, tout le monde commentait les seuils carbone et l'interdiction du gaz. Personne ne parlait des cycles de canicule.
Puis l'été 2022 est arrivé, avec des températures à plus de 40 degrés dans l'ouest de la France. J'ai vu des maisons neuves de 2021, construites sous la RT 2012, devenir des fours. Les propriétaires ont couru acheter des climatiseurs mobiles qui consomment une fortune.
La RE2020 impose un indicateur de confort d'été, qui limite le nombre d'heures où la température intérieure dépasse un seuil donné. Pour y arriver, plusieurs solutions :
- Protection solaire extérieure : stores, brise-soleil, débords de toit. L'ombre avant la vitre, c'est le plus efficace.
- Inertie thermique : des murs lourds qui stockent la fraîcheur de la nuit et la restituent le jour.
- Ventilation naturelle : des fenêtres ouvrantes qu'on peut laisser ouvertes la nuit en sécurité.
- Isolation par l'extérieur quand c'est possible, pour ne pas chauffer l'enveloppe.
J'ai appliqué ces principes sur une extension de 35 m² que j'ai fait construire en 2025, collée à ma maison en pierre. Murs en brique monomur de 37 cm, grandes baies vitrées plein sud avec des casquettes en bois, et une ventilation naturelle traversante.
Résultat : l'été dernier, avec 36 degrés dehors, la pièce est restée sous les 27 degrés sans climatisation. Mes beaux-parents, qui ont une maison RT 2012 avec clim réversible installée l'année dernière, n'y croyaient pas.
Extensions de plus de 50 m² : la règle qui change tout
La RE2020 ne s'applique pas qu'aux constructions complètes. Les extensions de plus de 50 m² entrent aussi dans son champ d'application.
C'est une subtilité que beaucoup de propriétaires ignorent. Ils pensent que parce qu'ils gardent leur maison existante, ils peuvent agrandir sans contrainte. Faux.
J'ai accompagné un voisin qui voulait ajouter un garage aménageable de 60 m² à sa maison des années 1980. Il avait prévu du parpaing et une charpente traditionnelle, sans isolation particulière. Le bureau d'études lui a expliqué que son extension serait traitée comme un bâtiment neuf pour la partie énergie.
Il a dû revoir son projet : isolation renforcée en sous-face, menuiseries performantes, et une VMC simple flux. Le surcoût a été d'environ 8 000 euros sur un budget initial de 90 000 euros. Pas anodin, mais bien moins cher que de se faire refuser le permis ou de devoir tout reprendre après une visite de contrôle.
Les questions qu'on me pose toutes les semaines
Est-ce que la RE2020 est obligatoire ?
Oui, sans ambiguïté. La RE2020 s'applique à toutes les constructions neuves dont le permis de construire a été déposé depuis le 1er janvier 2022 pour les logements — maisons individuelles et logements collectifs.
Et pour les bureaux, les bâtiments d'enseignement primaire et secondaire, et les extensions de bâtiments existants de plus de 50 m², c'est en vigueur depuis juillet 2022.
Depuis cette date, il n'existe aucun moyen de construire un logement neuf en France métropolitaine sans respecter la RE2020. Les demandes de dérogation sont rares et strictement encadrées. J'ai vu un dossier de dérogation pour un bâtiment classé monument historique qui a mis 14 mois à être instruit.
Et la RT 2025, c'est quoi ?
Même phénomène que la RT 2024 : un sigle fantôme. Ce qu'on appelle parfois « RT 2025 » renvoie en réalité à l'entrée en vigueur du jalon 2025 de la RE2020.
Ce jalon a durci les valeurs limites d'impact carbone pour les maisons individuelles et les logements collectifs. Concrètement, si vous déposez un permis de construire depuis le 1er janvier 2025, votre projet doit respecter des exigences plus strictes que celles de la période 2022-2024.
Les constructeurs qui avaient des stocks de maisons « pré-RE2025 » ont dû adapter leurs modèles. J'ai vu des catalogues entiers changer : plus de béton banché systématique, davantage de bois, des pompes à chaleur en standard.
Ce que j'ai appris en accompagnant des projets : les erreurs qui coûtent cher
Après des années à suivre des chantiers, je peux vous dresser la liste des erreurs que je vois le plus souvent. Elles se répètent avec une régularité désarmante.
Erreur n°1 : croire que le constructeur gère tout. Un commercial vous dira que votre maison sera conforme, mais c'est vous qui signez le permis. Si le projet ne respecte pas les seuils, c'est le permis qui est refusé, pas la peine du constructeur. Vérifiez que l'étude thermique est faite dès l'avant-projet, pas seulement au moment du dépôt. Erreur n°2 : choisir un chauffage sans penser au carbone. Une chaudière à granulés est vertueuse, mais son installation pèse dans le bilan carbone. Un poêle à bois massif, ça a l'air sympa, mais le poids de la maçonnerie compte dans le calcul. Faites arbitrer par un bureau d'études avant de vous attacher à une solution. Erreur n°3 : négliger l'orientation. La RE2020 pousse vers les apports solaires passifs. Une maison mal orientée devra compenser par plus d'isolation ou plus de chauffage, ce qui fait exploser le budget et le bilan carbone. Une maison plein sud avec de bonnes protections, c'est le meilleur investissement que vous puissiez faire.J'ai vu un couple faire construire une maison avec toutes les grandes baies au nord « pour avoir de la lumière sans le soleil ». Résultat : un bilan énergétique dégradé, des seuils carbone difficiles à tenir, et des pièces froides en hiver. Ils ont dû ajouter 14 m² de panneaux solaires pour compenser. Une erreur d'orientation qui leur a coûté plus de 15 000 euros.
Pour aller plus loin sans se noyer
La réglementation thermique française est un mille-feuilles. À chaque fois que je crois avoir tout compris, un arrêté modificatif vient rebattre les cartes.
En 2026, le paysage est le suivant :
- Construction neuve : RE2020, avec des seuils carbone qui se durcissent en 2025, 2028 et 2031.
- Extension de plus de 50 m² : RE2020 également.
- Rénovation de l'existant : réglementation thermique des bâtiments existants, distincte, avec ses propres exigences selon le type de travaux.
- Extension de moins de 50 m² : règles plus souples, mais l'isolation et le chauffage doivent tout de même respecter des minima.
La meilleure stratégie que je puisse vous conseiller, c'est de ne jamais vous fier à un sigle entendu au hasard d'une conversation. Demandez systématiquement le texte exact qui s'applique à votre projet, et faites-le vérifier par un professionnel indépendant.
La réglementation n'est pas un ennemi. C'est un garde-fou qui vous évite de construire une passoire thermique que vous regretterez dans dix ans, quand les factures d'énergie auront encore augmenté. Et croyez-moi, elles augmenteront.
Alors, la prochaine fois que quelqu'un vous parlera de la « RT 2024 », vous saurez quoi répondre : ce sigle n'existe pas, mais ce qu'il recouvre est bien réel, et il s'appelle RE2020. Le reste, c'est du marketing ou de la paresse. Et dans la construction, la paresse se paie au prix fort.